Davidovits et la pierre réaglomérée
24 juin 2004
Dès que j'ai commencé à mettre sur mon site des éléments d'égyptologie, des tas de lecteurs ont fait des pieds et de mains pour attirer mon attention sur l'oeuvre d'un personnage, directeur de l'Institut des géopolymères de Saint-Quentin, auteur de travaux de "reconstitution de pierres". J'ai fini par aller voir. Le site est :
Au départ, étant nul en chimie et ne connaissant rien à l'état solide, je n'étais guère à l'aise. Mais, finalement, il semble que ces choses soient assez simple. Nous vivons à la " civilisation du béton", essentiellement le "béton portland" inventé en 18&& (je retrouverai la date, elle est dans le livre de Davidovits). L'agglomération, dans le béton, procède par hydratation. Il serait bon d'expliquer la structure du béton, pourquoi "ça tient". Le ciment pur est fragile. Le béton, c'est des fragments pierreux, des galets, du sable, agglomérés avec une "colle" en poudre qui "prend" quand on l'hydrate. Si je dis des bêtises, quelqu'un me reprendra. Cette liaison par hydratation n'est pas durable. La longévité du béton Portland est de l'ordre de 50 ans. Formidable, diront les industriels : on fabrique des trucs qu'on devra casser et remplacer chaque demi-siècle !
Mais il n'y a pas que ça. Nous utilisons aussi du béton armé, par des tiges de fer qui est tout sauf inoxydable. Quand on le coule dans le béton il est protégé pendant "un certain temps". Mais l'oxygène, m'a-t-on dit arrive à se frayer un chemin au coeur du béton. Les barres arrivent à s'oxyder au sein même du matériau. Quand celle-ci n'ont plus la résistance mécanique suffisante il n'y a plus qu'à démolir. Faites-vous donc une raison : nous ne léguerons pas aux générations suivantes le Cnit ou l'Arche de la défense.
La "pierre reconstituée", ça existe sous différentes formes, y compris dans les supermarchés. Davidovits dit qu'il a été le premier, au début des années soixante-dix, à inventer le concept de géopolymère, beaucoup plus solide et durable. Il a pris de nombreux brevets et commercialise ses produits. Pour la reconstitution du calcaire nummulithique, il semble avoir résolu le problème de longue date. Nummulis veut dire coquillage. Effectivement, le calcaire du plateau de Gizeh est truffé de coquillages. Il y a deux gisements. L'un, situé au dessus des pyramides est "de très mauvause qualité". C'est à dire qu'il se désagrège facilement, en particulier sous l'effet de l'eau. Davidovits pense que c'est ce matériau que les anciens Egyptiens auraient utilisés, sous forme désagrégée. L'agrégation se fait alors en utilisant différents composants, abondants en Egypte. L'argile kaolin l'est sur le site même de Gizeh, puisqu'elle sépare les différentes couches calcaire. Le natron (carbonate de sodium) est aussi abondant, sous forme de dépôts dans les régions désertiques. Il manque de la chaux, que Davidovits imagine produite en quantité importante à partir des foyers domestiques égyptiens, sous forme de corvée, les fonctionnaires des pyramides procédant au ramassage de la "chaux cendrée". La démonstration est à voir sur la vidéo :
http://www.geopolymer.org/fr/science_archeologie/pyramides_egypte/video_faire_blocs_calcaire.html
Mais le problème le plus aigû vient d'autres objets, les vases en pierre dure trouvés par J.P.Lauer et Drioton dans le sous-sol de la pyramide de Sakkarah. Commençons par situer les lieux :

Région des pyramides, sud-ouest du Caire
Vous avez repéré Sakkarah. C'est lieu où
Imothep, vizir, conseiller, architecte, médecin, savant, aurait fait
bâtir pour le pharaon Djozer la première pyramide, qui se présent
actuellement avec six "degrés".

Pyramide de Sakkarah. Photo de l'auteur
Dans le sous-sol se trouve un labyrinte de galeries et
dans celles-ci les archéologues ont trouvé des vases en pierre,
apparemment "votifs". En voici quelques-uns :

Vases en pierre dure de Sakkarah (source : l'ouvrage
de Davidovits)
Détail : ces vases sont constitués par les pierres les plus dures qui soient : le basalte, le microgrès, la diorite (qui sert à usiner le granit par percussion). Il n'y a pas que des vases. Aujourd'hui personne ne serait capable de simplement recréer de tels objets, même avec des outils modernes. Regardez le premier des six vases de l'arrière plan. En coupe :

Coupe du vase en pierre dure
Comment usiner un pareil objet !?! Comment faire pénétrer un outil à l'intérieur ? Rappelons que ces vases ont au moins 4750 ans d'âge et qu'à l'époque le seul métal dont les égyptiens disposaient était le cuivre. L'abrasif mécanique était la poudre de quartz. On a trouvé à Sakkarah trente mille vases de pierre. Je regrette de ne pas les avoir vus quand j'y suis retourné en février dernier. Soyons rationnels. Nous abordons une discipline comme l'égyptologie.
Davidovits présente la photo,
page 10 de son ouvrage, d'un objet présenté lors d'une exposition
à Paris, au Grand Palais, consacrée aux objets de l'ancien empire.
Au n°99 , écrit-il, une coupe "ressemblant à un cendrier"
:

"Cendrier" en pierre dure
Observez la finesse de l'objet. , fait dans l'une des
roches les plus dures : le gneiss anorthrosique. J'ai été potier
( en fait il y a peu d'arts plastiques que je n'ai pas pratiqués, dans
ma jeunesse). Les cinq pans de cette coupe extrêmement fine semblent avoir
été repliés. Il aurait été intéressant
de faire un moulage de cet objet en une substance molle, ou flexible, de manière
à la "déplier".

Le même, "déplié"
L'expérience serait à faire. Qui l'a faite ? Personne. Qui s'en est simplement soucié ? Personne. Qui s'est étonné de cet "objet impossible" ? Personne. La thèse officielle, non-formulée, est qu'un tel objet, vieux de quatre à cinq mille ans, aurait été extrait de la masse. Avec quel outil, à une époque où seul le cuivre était connu ? Est-ce que vous vous imaginez, retouchant une coupe aussi avec ... un burin ? Aujourd'hui il serait concevable, au prix de sérieux efforts, de créer le double de cet objet à l'aide d'une meule rotative au carbure de tungstène. Le mieux serait de faire piloter celle-ci par un ordinateur en la fixant au bras d'un ..; robot. Mais cinq mille ans plus tôt la patience et une vie de travail auraient elles suffi à créer cer ouvrage. De toute façon, comment faire entrer la meule rotative fixé au bras du robot par le goulot du vas indiqué en coupe ?
Ce qui est extraordinaire c'est que l'archéologie puisse à ce point se contenter d'une méthode descriptive. Si les pierres de Sakkarah sont dures, la science égyptologique se réclame, elle, des sciences humaines, donc des sciences "molles". L'iimense majorité des égyptologues est à la recherche d'argument "philologiques" et se penche gravement sur des manuscrits où les connaissances pourraent avoir été codées par les prêtres ous forme symbolique, tactique qui évoque celle de nos alchimistes. Bref, nous tombons sur des objets du genre de ceux que Davodovits montre dans son ouvrage, dont l'authenticité et l'ancienneté ne sauraient être contextée. Nous sommes incapables d'en faire de semblables. Nous ne savons pas comment ils ont été façonnés.
Cela n'empêche pas Roger Caratini, qui s'intitule "encyclopédiste" de publier (chez Albin Michel) un ouvrage intitulé "l'Egyptomanie, une imposture". Na ratez pas en particulier le chapitre " Le non-mystère des pyramides ". A acheter pour placer au rayon " bêtisier" dans votre bibliothèque.
Selon Davodivits ces vases seraient en pierre reconstituée. Si les géopolyméristes ont réussi à refaire du calcaire et quelques autres produits, ils sont toujours à la recherche des secrets permettant de reconstituer du grès, du granit, de la diorite, de la quartzite, des secrets détenus par les égyptiens, cinq mille ans plus tôt ! Ajoutons que l'origine de telles techniques serait toute aussi mystérieuses que celle de la sidérurgie (de sidéros, le ciel). Qui a eu l'idée d'utiliser du minerai de cuivre, trouvé en abondance à Chypre (d'où le nom de cette île) et de l'étain (venant de Cornouailles) pour faire du bronze ? Tout cela, comme l'invention de la céramique, du verre, est dû au hasard.
Le livre de Davodovits commence par l'évocation d'une rencontre avec un géologue américain, Donald Linsey. Dans la revue Science, volume 280, si 6 juin 1998 il a publié un article intitulé "Transformation du limon en pierre solide : la fabrication du basalte synthétique dans l'Ancienne Mésopotamie". Les vestiges qu'il a étudié remontent au IV° millémanire avec JC. ce chercheur américain a retardé la publication de son travail de dix années.
Une question au passage. Comment les vases de pierre dure auraient-ils pu être obtenu par moulage. Dévidovits donne une photo de vases en pierre géopolymérique dans son livre, page 269 (également reproduite dans son site). La réalisation de vases ventrus ne pose aucun problème. On crée le moulage intérieur avec une corde, ou dans le cas des bases de Sakkarah, avec une fine cordelette. C'est ce qu'à fait Davidovits. &&& Je ne retrouve plus la page où il montre cela. Ja rappelle comment les amphores furent fabriquées, à toutes les époques. Elles sont constituées par cinq éléments. J'en ai assez remontées du fond de la mer pour bien connaître la question.

Fabrication des amphores
Les amphores n'étaient pas tournées mais construites à partir de cinq éléments, visibles en A et B . En C on voyait très bien les empreintes de deux doigts du potiers (les assiettes campaniennes, noires, issues du sud de l'Italie, si vous en avez déjà tenue une en main, portent en dessous les traces de doigts de l'artisan, lorsqu'il les soulève et que leur enduit à la litharge de plomb n'est pas sec, ce qui était en général de cas : ces objets étaient fabriqués industriellement et exportés). En D on voit comment l'homme de l'art constituait très rapidement le moule intérieur en enroulant une corde souple autour d'un bâton planté verticalement dans le sol, dans un trou ménagé dans la roche. Puis en E l'argile était monté "au colombin" c'est à dire par boudins, collés à l'eau, le tout étant lissé avec une éponge naturelle. Après séchage au soleil on procédait, en F, au démoulage. Les éléments, assemblés au "lait de potier" étaient ensuite cuits dans un four. Ce système pouvait permettre de créer des amphores très ventrues, les "dolia", utilisées pour transporter des olives ou servir de réserve d'eau. En haut et à gauche il s'agit d'une amphore romaine classique.
Ces détails vont vous permettre, sur les plages du midi, de jouer les archéologues amateurs. Avec vous remarqué comme celles-ci sont souvent jonchés de "débris de tuiles", spécialement quand la plache est proche d'un dangereux récif. Je recommande par exemple la plage de la Moutte, près de Saint Tropez. Le récif voisin a été le lien d'un nombre incalculable de naufrages. Regardez votre fragment de tuile, toujours incurvé. Dans sa partie concave, plus ou moins érodé par le ressac, en H, des rayures de la largeur d'un doigt. La trace de la corde qui a servi à mouler l'objet. Si vous êtes observateur, vous trouverez maintes traces d'une occupation. Sur les rochers qui bordent la crique de l'île de Riou, près de Marseille, des traces d'usure sur les blocs signalent l'endroit où étaient attachées les "haussières" destinées à tenir le navires au mouillage bien au centre de la calanque. En nous calant sur ces traces, avec un simple youyou on pouvait localiser l'endroit où, pendant des siècles, les navires antiques vinrent s'abriter. Et que fait-on quans, après avoir essuyé un grain, on s'abrite dans une croque ? On balance par dessus-bord les amphores cassées ou fendues. Effectivement, dans quelques mètres d'eau, dans ces années cinquante-soixante, la moisson était facile, à condition de réfléchir un peu.
Les premiers archéologues sont les ... poulpes. Ils ont besoin d'objets brillants pour attirer les poissons. En général il se planquent dans une grotte et aménagent une sorte de "jardin" en sable où ils enterrent une de leurs tentatcules. Sur le sable, n'importe quoi qui puisse intriguer les poissons, toujours curieux. Aujour'dhui ce sont des capsules de bière ou de coca. Un jour, en explorant le piège d'un pouple je suis tombé sur d'étranges galets plats. En les mettant dans du vinaîgre pour dissoudre les concrétions qui s'étaient déposées j'ai vu apparaître un Louis et une tétradrachme en argent, superbe, qui portait l'inscription :
![]()
"Catanaion", génitif pluriel, signifiant "de Catane", ville Grecque située au sud de l'Italie.
Je ne regrette pas mes vingt ans. J'ai vécu des moments fabuleux, quand à la fin des années cinquante, avec mes amis Marseillais Roger, Rino et Givonne je "plongeais les cruches". Il faudra que je raconte cela un jour, dans un livre.
Il m'est arrivé un jour, il y a une dizaine d'années, de cotoyer des archéologues du Cnrs. Un voisin de palier dirigeait un chantier de fouilles, près de Fos sur Mer. Ils avaient localisé là-bas les restes d'une villa romaine qui se trouvait alors ensemblée. Les hauts de colonnes étaient sous vingt centimètres de sable. Ils avaient disposé autour des teêtes de colonne une fine tôle enroulée et soudée, posée sur le sable. En pompant, ils s'imaginaient que ce cylindre allait s'enfoncer progressivement.

Souille pour fouilles archéologiques sur site inondé
Au résultat, le sable rentrait par les côtés. Après les avoir vu s'escrimer assez longtemps avec ce dispositif inefficace je leur ai proposé une solution. Un montage octogonal en fer soudé, avec des rails de guidage permettant de faire descendre en alternance huit plaques, à coup de maillet, en même temps qu'on pompe. J'ai fait le croquis. Je me suis fait toiser comme jamais.
- Qui croît-il être, celui-là ? Il n'est pas archéologue....
ont-ils dû penser en choeur. Je n'ai pas insisté et je suis parti sur la pointe des pieds. Je les voyais, tous. Etrange ambiance. Le Cnrs a le don, décidément, de tout foutre en l'air. J'avais vécu des aventures exaltantes en menant, trente ans plus tôt des "fouilles archéologiques" assez aventureuses. Je retrouvais des petits fonctionnaires sans imagination, sans rêves, avec la tête emplie de préoccupations carriéristes.
Une ancdote me revient, au passage. Il
se trouve que j'ai été à la fin des années soixante
dix candidat cosmonaute quand Cnes était chargé de recruter des
volontaires. Ayant été pilote, parachutiste, plongeur, guide de
safari, ancien ingénieur de l'aéronautique et ancien ingénieur
d'essai de fusées à Poudre, de plus nanti d'un bagage scientifiques
conséquent je suis monté assez haut dans la sélection qui
retint le nom de Jean-Loup Chréien (un homme astronautiquement correct
par opposition à ce trublion de Baudry, qui monta dans le vol suivant
de la navette américaine avec un bérêt sur la tête
et une baguette sous le bras)


J.P.Petit en 1962 à la Société
d'Etude de la Propulsion par Réaction, à Istres
Mais je n'ai pas réussi à dissimuler à la radio, prise dans l'hôpital militaire de Lavera les séquelles de mon accident de travail à la colonne vertébrale, de 1976. Toujours est-il que nous étions quatre à passer tests sur test. Dans le lot il y avait un universitaire. A un moment je l'ai entendu dire :
- Vous savez, j'ai examiné la chose sur le plan retraite. Même si on est envoyés dans l'espace vous savez qu'on ne gagne pas de points....
Je vous jure que c'est authentique.
Revenons à Davidovits et à
ses géopolymères. Si sa méthode de reconstitution du calcaire
est relativement simple, les techniques de géopolymérisation pourraient
mettre en jeu, selon lui, nombre d' ingrédients passablement "exotiques".
Selon Davidovits ceci expliquerait l'exploitation intensive de mines de minerais
précieux situés dans le Sinaï. L'archéologie classique
lie cette exploitation à la bijouterie. Mais Davodovits met aussi en
avant les très importantes quantités extraites, incompatibles,
selon lui, avec ces besoins-là. J'apporterai cependant un bémol.
L'industrie des colorant peut être consommatrice de nombreux produits
extraits de ces mines. Or il est prouvé que les temples égyptiens
étaient entièrement colorés. J'ai visité en février
2004 un temples qui l'est rarement, mais où subsistent le plus de traces
de couleur. On constate alors que tout était peint, y compris
les signes constituant les hiéroglyphes. Je ne saurais trop vous conseiller
d'acheter les deux superbes albums de Jacques Martin et Rafael Morales, aux
éditions Casterman, consacrés à l'Egypte, dans une série
"Les Voyages d'Alix". L'illustration suivante est extraite de l'un
d'eux.

La salle hypostyle de Karnak, telle qu'elle devait se
présenter avec toutes ses couleurs.
Entrenir tant de temples et de monuements funéraires pendant mille ans devait représenter une importante consommation de pigments divers. Simple remarque. Mais cela n'infirme pas la théorie de Davodovits. Il reste les vases de Sakkarah, inexpliquables, ainsi qu'un nombre impressionant d'anomalies, que vous trouverez relevées dans son livre. J'ai retenu personnellement l'ajustement des blocs dans la Grande Galerie (d'accès à la chambre du Roi, dans la pyramide de Kheops). Ceux-ci sont inclinés à 30 ou 35°. Armé de ma lampe j'ai du chercher pour apercevoir les lignes marquant le contact entre deux blocs. On ne saurait y glisser .. une lame de rasoir. Je crois que l'ajustement a été fait au centième de millimètre. Il ne saurait alors s'agir d'un travail de dressage manuel des faces, par ponçage ou grattage. Il s'agit d'ailleurs de granit d'Assouan (la pyramide contient plusieurs centaines de blocs de granit pesant des dizaines de tonnes. Je crois que les blocs de la Grande Galerie font dans les vingt tonnes. Comment réaliser un tel ajustement . On peut imaginer un "banc de dressage de faces".

Système de ponçage des faces des blocs
Le dessin est assez explicite. Le bloc de droite serait mis en rotation, en pesant sur un autre bloc, fixe. Un aide déverse de l'eau. L'abrasion serait faite avec du sable. Ayant été lithographe je peux vous dire qu'on arrive à dresser des faces au centième de millimètre en les frottant l'une contre l'autre et en glissant entre celles-ci du sable mouillé. Le grainage dépend de la granulométrie du sable utilisé. Avec un sable fin les pierres sont carrément polies. Voir mon dossier sur la technique de la lithographie. Mais, tout de suite émerge la question : "pourquoi une telle précision ?". Mécaniquement c'est absurde. Il faudrait alors invoquer une sorte d'impératif religieux. A moins, comme s'empresse de conclure Davidovits qu'il ne s'agisse de bloc moulés sur place, de .. granit de synthèse. L'hypothèse est osée, mais si on peut faire du calcaire de synthèse (aux propriétés mécaniques comparables, précisons-le) pourquoi ne pas envisager que les anciens Egyptiens aient maîtrisé toutes les techniques de synthèses lithiques ? Il y a bien ces fichus vases en pierre dure de Sakkarah. A ne jamais oublier !
Davidovits déroule ses idées. Elles sont fascinantes. Il y aurait eu, dans l'histoire humaine, les phases :
- Age de la pierre taillée
- Age de la pierre polie
- Age de la pierre réaglomérée, ou aglomérée.
- Age des métaux.
Il ajoute que dans l'histoire Egyptienne les technique de pierre reconstituée et de pierre taillée auraient coexisté. La première, plus ancienne, serait liée au culte du Dieu Knoum, à tête de bélier. Il est évident que les techniques liées à la pierre sont en Egypte ancienne à connotation automatiquement religieuse. Les pyramides étaient en pierre, de même que les temples, les complexes funéraires. Mais utiliser la pierre pour construire un palais, une caserne ou une simple habitation eut été considéré comme impie. Je signale au passage qu'il y a, dansun complexe funéraire de Ramsès (&&& un lecteur m'enverra précision du lieu et image) des greniers à grain, construits en brique crue, qui comportent des voûtes parfaitement circulaires. Il serait faux d'imaginer que les Egyptiens ne connaissaient pas la voûte. Mais comme on ne verra dans un dossier suivant, la voûte n'est pas anti-sismique.
Lisez le livre de Davodovitz, à la fois ouvrage technique et livre d'histoire. Un jour, plus au sud, un nouveau dieu apparaît : Amon, qui accrétera autour de lui un clergé puissant. Les montagnes sont "le corps d'Amon". Alors on cesse de mouler les pierres, on les dégage de la masse. Il est aussi exclu, vous le remarquerez, de créer des tatsues de pierre faires en plusieurs morceaux accolés et fidée par des tenons collés au ciment. On ne saurait "entaille le corps d'Amon. De ce fait les statues ont les bras collés le long du corps, la dépouille est minimale. La taille, comme la reconstitution suggérée par Davidovits est aussi un acte profondément religieux. Je ne vais pas vous raconter le bouquin. Personnellement j'ai dévoré d'un trait ces 400 pages. Vous lirez les réactions des égyptologues, mentionnées avec sobriété par l'auteur. On imagine qu'il a dû entendre cet fois cela. Un géoléogue professionnel, dépêché sur le plateau de Gizeh déclare " En arrivant sur les lieux j'ai su au premier coup d'oeil qu'il s'agissait de calcaire naturel". Et il effectue un prélèvement sur un bloc, près du sol, pour analyse. Hélas il s'en prend à un bloc d'angle qui est précisément une partie de l'assise du plateau, sculptée. L'analyse confirme sa première impression et il écrit, page 203 :
| - Nous pensons qu'il est du devoir des géologues professionnels de critiquer cette théorie archéologique absurde avant qu'elle ne devienne une partie inéluctable de la pseudo science.... Nous croyons que si Davidovits avait eu la moindre compréhension des principes géologiques de base est des simples implications géologiques évidentes de Gizeh, il aurait réalisé que sa théorie géopolymérique n'avait aucune valeur ... |
En 91 une chaîne de télévision américaine vient en Egypte pour réaliser un film sur les Pyramides. Elle demande à un archéologue américain ce qu'on doit penser des thèses de Davidovits. Sa réponse "inutile de perdre du temps avec cela".
A comparer avec la réponse identique faite par Hubert Reeves, questionné en conférence à propos de mes travaux d'astrophysique et de cosmologie.
Davidovits se rend sur les lieux pour argumenter. L'Egyptologue américain lui dit :
- Il y a une bonne raison pour voir que vos théories ne tiennent pas debout : le calcaire des pyramides contient des coquillages !
- Mais, répond Davidovits, avec quoi croyez vous que j'ai reconstitué le mien ? Avec des pierres venues de la Lune ?
Les années ont passé. Le français se bat depuis trente ans pour se faire entendre, participe à tous les congrès internationaux successifs d'égyptologie où les "professionnels" sourient avec condescendance. Vox clamat in deserto, si on excepte quelques rares exceptions. De même que Wegener n'était pas géologue mais météorologue, Davodovits n'est pas issu "du moule égyptologique". Au départ c'est un ingénieur chimiste.
Le clou concerne les deux colosses de
Memnon. Défigurés par un séisme, qui a mis bas le temple
attenant, il se dressent encore sur leur socle à plus de 17 mètres
de hauteur. Chaque ensemble représente 1300 tonnes. Six fois le poids
de la Statue de la Liberté. Ils sont en quartzite, une pierre une fois
de plus impossible à travailler, avec autant de précision, avec
les outils de l'époque. On ne trouve nulle part l'empreinte en creux
de ces géants, même dans des carrières situées à
700 kilomètres. Pour manipuler de très lourdes charges ont a vu
que cette machine de Khent Kawès aportait un éclairage nouveau.
Dans l'article on la présente comme un moyen d'imprimer à des
blocs une traction de trois tonnes. Mises en parallèle, ces pied-de-biche
d'un genre un peu particulier, simple variantes du levier, seraient susceptibles
d'assurer dle levage de charges de plusieurs centaines de tonnes :

Système de levage avec séries de machines
de Khen Kawes couplées.
Après chaque opération de traction il suffit d'ajouter des cales sous le bloc. Le pied de biche, en bas, permet de soulever aussi des charges importantes, mais il doit être fait d'un métal suffisamment résistant. Or les Egyptiens de l'Ancien empire ne disposaient que de cuivre. Ils ont donc opté pour une autre solution.
Pour Davoidovits les colosses de Memnon auraient tout simplement été ... moulés. Des statues de 750 tonnes, moulées ? Les égyptologues s'étranglent. L'un d'eux, dans un numéro d'Historia récent aurait mêm écrit :
- Il a bien fallu que ces statues aient été taillées, puisqu'elles sont là ....
Un raisonnement d'une circularité remarquable.
La vidéo de Davidovits, illustrant sa théorie de réagglomération du calcaire