Bétisier Egyptologique
29 mai 2004.
Dans le site de Karnak, vu par des milliers de visiteurs chaque jour, cette pierre. C'est moi-même qui ai pris cette photo, il y a quatre ans.

Au fond, un pylône. Si vous regardez bien, vous verrez que non seulement le bloc qui montre les pieds a été mis à l'envers, mais qu'une autre pierre qui porte un cartouche, assez abîmé, qui a été également remonté de cette façon.
Deux ans plus tard, net progrès. La pierre montrant les pieds du personnage, qui était à l'envers sur la photo ci-dessus, pris en 2004 à Karnak a été redressée, mais le cartouche est toujours à l'envers (encadré en rouge ). Les responsables nous ont objecté que pour remettre le cartouche à l'endroit il aurait fallu démonter le mur entier.

Plusieurs lecteurs se sont rapidement attachés à comparer les deux images. Sans être un grand spécialiste de l'infographie il est facile de s'apercevoir que cette pierre montrant le pied a simplement été retournée de 180°. Maintenant, la bonne question est " quelle est la bonne ? ". Eh bien c'est celle du haut. J'avais prus cette photo en 2003, après avoir découvert cette singularité cins ans plus tôt. Ce mur, qui se trouve dans l'allée centrale de l'ensemble de Karnak a été remonté en assemblant n'importe quoi sur n'importe quoi, dont en particulier deux pierres figurant l'une un cartouche présente à l'envers et l'autre une paire de pied dans la même configuration. Ceux qui feront le voyage en Egypte pourront constater que la "pierre aux pieds" est toujours désespérément à l'envers et à mon avis ça ne risque pas de changer de sitôt. Ou alors, si des visiteurs peuvent témoigner, après l'avoir constaté de vusiu que les choses sont rentrées dans l'ordre, prévenez-moi.
Le Sphinx correspond à une "laisse de carrier". Si vous regardez sur cette photo vous verrez que les anciens égyptiens, en exploitant la carrière de calcaire numulitique de Giseh sont tombés sur un filon inexploitable : le corps du sphinx et les pattes.

On voit très bien la stratification liée à la présence de couches d'argile et de marnes. Seule la tête était faite d'un matériau correct. Un pharaon (vraisemblablement Kheops lui-même, sans qu'on puisse l'affirmer avec certitude) demanda aux tailleurs de pierre de faire de cet ensemble calcaire une statue. On pense que le nez a été détruit par des tirs de canons de Mammeluks, coutumier du tir sur cibles pharaonique (voir un superbe impact sur la pyramide de Meïdoum). Une restauration du Sphinx fut décidée. Les pattes furent recouvertes d'un placage du calcaire le plus fin, fixé au support par du ciment. On entrepris ainsi de présenter au public le sphinx "tel qu'il devait être dans le temps". Détail : jamais les égyptiens n'assemblent des blocs avec régularité, comme ce fut fait. On trouve la même absurdité à Kom Ombo, si je me souviens bien, où on a entrepris de faire construire un mur, devant le temple, dont le caractère moderne saute immédiatement aux yeux. Ci-après, un autre détail de ce pauvre Sphinx : sa patte postérieure gauche.

Une patte du Sphinx, reconstitué (...)
Mais il y a plus grave. Peu d'année après que cette "restauration" ait été entreprise (en fait un véritable massacre du site) voilà le résultat :
La raison est simple. Le Sphinx est posé sur la nappe phréatique toute proche (le Nil coule à ses pieds). Jusqu'ici la pierre avait "transpiré librement". Ces dégradations sont liées à des remontées d'humidité, évidemment prévisibles. Dans un ouvrage d'Alberto Silliotti (white star publisher) on peut lire "La pose du revêtement s'interrompt en 1987. En février 1988 un gros morceau de calcaire tombe de l'épaule sud. En 1989 un nouveau comité international est constitué. Tous s'accordent pour que soient immédiatement enlevées tant les pierres utilisées pour la couverture que le mortier de craie et de ciment utilisés pour les restaurations précédentes, qui se sont révélées néfastes".
Mais en 2004, six ans plus tard, rien n'a changé. On colmate pour camoufler les erreurs.
Si vous visitez l'Egypte, vous passerez fatalement par Sakkarah, "patiemment reconstitué par le français Lauer, tombé amoureux du site" et récemment décédé. Il a redressé les colonnes d'une salle donnant accès à l'ensemble funéraire. Mais regardez bien ce cliché, montrent l'endroit.

Traitement d'une partie du site de Sakkarah par Lauer
Que voyez-vous au dessus de cet ensemble ? Réponse : un vaste plaque de béton armé posée sur des colonnes de même nature. Pourquoi avoir posé ce plafond absurde et inesthétique dans un pays où il ne pleut jamais ?! Mais Lauer est intouchable. On vénère la mémoire du grand homme. Cet absurde plafond de béton restera en place sans limitation de temps, de même que ces têtes de colonnes en béton, directement issues de l'imagination de Lauer.
A propos des techniques de construction, je connaissais le coup de " l'ascenseur oscillant", censé permettre d'élever des blocs de 3 tonnes. Mais je n'avais jamais vu l'objet qui avait inspiré cette théorie, lourde et impraticable ( la pyramide de Kheops c'est 2.600.000 mètres cubes. Sur 30 ans c'est 23 mètres cubes par jour, dimanches compris).

La théorie de " l'ascenseur oscillant"
A propos des rampes, citons la théorie de Lauer

La rampe suggérée par Lauer
Une rampe qui grimpe sec (pour monter des mégalithes atteignant 40 tonnes), dont il faut en plus gérer la surélévation en continu puisqu'elle devrait évoluer en même temps que la pyramide elle-même. Dans le même ordre d'idée la rampe hélicoïdale en briques crue de Georges Goyon (Cnrs). Pente constante à 5 %. On monte simultanément la corps de la pyramide et son revêtement. Les énormes marches qu'on voit sur la figure ci-après sont censées tenir sur les faibles reliefs des "bossages" des pierres du revêtement. Par l'opération du Saint Esprit. Tout cela pour monter à 70 mètres de hauteur des blocs de 40 tonnes. Décrochage garanti. Cet homme n'a pas la moindre notion de résistance des matériaux et de mécanique des sols.

La rampe de Georges Goyon (Cnrs) : 1990
Cette théorie représente actuellement le nec plus ultra. Dans son livre "le secret des bâtisseurs des Grandes Pyramides", préfacé par Christiane Roche-Noblecourt (ni elle, ni lui n'ont eu la courtoisie de répondre à mes courriers) Goyon confesse qu'il ne sait pas comment résoudre avec cette technique le problème de l'alignement (centimétrique) des blocs et le dressage du revêtement auquel on ne peut avoir accès dans son ensemble qu'au moment où cette rampe en brique crue (dont une ne trouve nulle trace sur les lieux) est enlevée, du haut vers le bas.
Rien de tout cela ne tient debout. Pourtant ces pyramides ont été construites, et pas à l'aide d'antigravitation. Vous trouverez la clé du problème dans mon livre. Certains pourront se dire "Là, Petit s'avance. Si cela s'avère n'être qu'une théorie de plus, impraticable, il va se ridiculiser.
Je prends les paris.
Je pourrais écrire des pages dans ce style. A l'inverse les Egyptologues sont passés complètement à côté de données essentielles. Il existe dans la salle 6 d'Egyptologie du musée du Louvre (les talents de muséologie des gens du Louvre sont, en revanche, tout à fait remarquables. Ces visites sont un vrai régal) un étrange objet, baptisée "Coudée". Sa longueur correspond effectivement à la coudée égyptienne : 52 cm et quelques. Je ne retrouve plus la photo à l'instant t. Il existe plusieurs copies de cet objet, dont un à Turin. Celui du Louvre appartenait au Ministre des finances de Toutanthamon. Voici la photo de la règle exposée au Louvre, telle qu'elle se présente :

Voici, développé, l'ensemble des inscriptions portées par cette règle (modulo une légère erreur de retranscription, que vous repérerez en comparant avec la photo).

La "coudée égyptienne"
Elle est d'abord divisée en "pouces égyptiens". Mais, à droite on voit se dessiner d'étranges graduations irrégulières. N'allez quand même pas croire que cette irrégularité des graduations obéisse à un souci esthétique. Mais les égyptologues se s'étonnent de ... rien. Ce ne sont ni des ingénieurs, ni des mathématiciens. Regardez au dessus de ces graduations. Le signe en forme de lentille signifie "fraction". De droite à gauche ces pouces égyptiens son divisés en demis, tiers, quarts, jusqu'à une division en seizièmes. Mais à quoi cela pouvait-il bien servir ? Nous avons découvert, Christophe Tardy (ingénieur) et moi comment les égyptiens utilisaient cette étrange "règle à calcul". Impressionnant.
Archéologues d'eau douce
L'ensemble des études que j'ai pu faire, qui incluent les techniques de navigation antique montrent que les égyptologues en général semblent avoir négligé de nombreux points concernant l'architecture navale. Mon ami Georgelin, ancien directeur de l'observatoire de Marseille, m'avait jadis parlé d'une publication qu'il avait vue, émanant de spécialistes Marseillais qui expliquaient pourquoi les navires antiques possédaient deux gouvernes. Selon l'auteur l'une leur permettait les virages à gauche et l'autre à droite. Il ne restait plus qu'à déduire que les Drakkar, qui n'en possédaient qu'un ne pouvaient virer ... que d'un seul côté !
J'ai en au printemps 2005 une grande surprise en visitant, à Aix en Provence le département d'archéologie marine où a été opérée une reconstitution d'un bateau "à coque cousue" retrouvé lors du creusement d'un parking, place Jules Vernes à Marseille. Les éléments de la coque, lorsqu'ils furent retrouvés par les archéologues, reposaient à plat sur un lit de sédiments qui représentaient ce qu'avait été le fond d'un bassin du port de Phocée. Les liens avaient pourri et les éléments s'étaient désolidarisés. De manière assez astucieuse le chercheur chargé de la reconstitution du bateau fit des copies à l'échelle 1/10° de ces pièces de bois et regarda comment il pourrait les assembler. Parfois le bristol et le scotch, le système D sont plus efficaces que l'ordinateur. C'est ainsi qu'il put montrer que le bateau avait une étrave et une poupe droites, inclinées, comme indiqué sur le dessin.
L'examen des pièces montra comment était effectuée la couture des pièces de bois. Le schéma ci-après montre les deux direction de perçage à 90°, qui se font face et permettent de disposer le lien d'assemblage. Selon ce système celui-ci n'est pas en contact avec le fond lorsque le bateau s'échoue car il est un peu en retrait. Sur ce même schéma on voir que lorsqu'on serre le lien, si on ne disposait pas un coussinet en lin ( un tissu replié plusieurs fois sur lui-même ) celui-ci, subissant une coubure brutale, de 325° ( un angle vif ) risquerait de se couper, même en atténuant cet angle par limage.

Coque cousue phocéenne ( bateau retrouvé lors des travaux effectués place Jules Vernes, à Marseille )
En haut et à gauche, une coupe montrant les deux axes de perçage, à 45°. Le coussin de lin est là pour réduire la courbure du lien et éviter que celui-ci ne se coupe sur l'angle vif, même limé. En bas on voit comment l'ouvrier doit passer le lien avec une alène, en lui faisant traverser la coque. Ceci n'est pas nécessaire dans le système égyptien, antérieur de près de deux millénaires et beaucoup plus astucieux.
La discussion avec le chercheur était partie d'une évocation des coques cousues égyptiennes de l'Ancien Empire, telles la coque de la nef de Kheops. Je lui ai dit :
- Ces coques cousues sont commodes, car il est possible
de resserer les liens de l'intérieur, de restaurer l'étanchéité
en pleine mer, sans avoir à tirer au sec.
- Ah, non, car il faut qu'il y ait quelqu'un pour attrapper l'alène,
à la partie extérieure de la coque pour que celui qui est à
l'intérieur puisse la récupérer.
Et c'est là qu'il me donna des détails sur le mode de couture en usage à Phocée. Celui-ci impliquait effectivement soit un tirage au sec du bateau dans un bassin de radoub, soit le travail d'un plongeur sous la coque. Or, comme on peut le voir, on n'a pas cet inconvénient avec le système de couture égyptien.

Le système de couture égyptien de l'Ancien Empire. En bas, une coque plus "moderne", avec quille et couples cloués et calfatés.
Notre chercheur "spécialiste des coques cousues" ignorait simplement cette technique égyptienne, à la fois largement antérieure et infiniment supérieure à la technique phocéenne, qui présente plusieurs inconvénients :
- Le lien peut se couper sur les angles vif.
- Le coussin de lin doit être enduit de graisse pour le pas pourrir
- Le lien est en contact avec l'eau de mer, qui peut le dégrader. Il
peut être rongé par les parasites qui s'accrochent à la
coque
- Impossibilité de réviser l'étanchéité loin
d'un port, en pleine mer.
Il existe cependant une assez belle maquette d'un mètre et demi de long qui est exposé dans ce centre archéologique aixois.

Reconstitution du bateau Phocéen retrouvé
place Jules Vernes à Marseille. Maquette exempte de dalots.
Le chercheur m'expliqua qu'il avait complété le navire en s'inspirant d'une poterie Grecque datant de la même époque dont la photographie était exposée. Mais, immédiatement, en examinant sa maquette, je remarquais la présence d'un bastingage plein, exempt de "dalots", ces orifices qui permettent à l'eau de mer de s'évacuer, quand le bateau embarque. Sans aller jusqu'au paquet de mer, si le bateau naviguait par temps de pluie en gîtant légèrement, ou même sans gîter puisque le maquetttiste n'avait prévu aucun origine d'évacuation de l'eau, si ce n'est ... dans la cale, il faudrait que les marins écopent au moindre grain. Sans ce système de dalots, le chavirage est absolument garanti. Le premier architecte naval ou simple marin lui en aurait fait aussitôt la remarque, ce que j'ai fait.

En cas de coup de mer, le bateau embarque. Sans dalots d'évacuation, son chavirage est garanti
Réponse du chercheur :
- Mais il n'y avait pas ces orifices sur le dessin figurant sur la poterie grecque !
Voici comment d'indispensables dalots auraient du être disposés sur sa maquette :

Coque avec les indispensables dalots, permettant l'évacuation
des paquets de mer
J'en ai déduit que ce chercheur, spécialiste en navigation antique n'avait lui-même ... jamais navigué. Ma remarque le froissa, faisant suite à celle qui montrait son ignorance des techniques de couture égyptienne. Bref, je m'étais encore fait un copain. Décidément, à chaque fois que je mets les pieds dans un labo je fais une catastrophe. Mais je parierais n'importe que cette belle maquette n'a pas été modifiée depuis et présente toujours la même absence de dalots. Un lecteur pourra me le confirmer.
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