La poésie des autres

2 janvier 2007

Personnellement je n'écris pas de poèmes. Je compose des chansons. Mais d'autres ont ce talent. J'ai décidé de créer une page pour y mettre leurs compositions. Celui-ci émane d'une adolescente de 56 ans, Claire.


L’homme est tout bête
Quand il est amoureux.
Il se croit poète
Il se pique au jeu
Du hasard.
Il circule en aveugle,
Et se cogne aux meubles,
Il se fait des bleus
Et du cinéma.
Il sourit aux passants,
Il déborde,
Il se répand.

Parfois il agace,
Il lasse,
Il faut lui pardonner
Car il n’y a en lui nulle méchanceté.
Son âme est touchée,
Touché, coulé ?
Non, point de ce jeu-là,

Il rebondira car,
Existe-t-il un mal
Qui fasse autant de bien ?

Claire Bougain       


 


Le ciel !

Ecoute les hommes ici-bas.
Ils hurlent ou n’osent pas.
De désespoir en silence
S’agitant en tous sens
Ils avancent
Vers quoi ?

Pour dire leur amour ou leur peine,
Les hommes ont
Les mots.
Trop souvent ils les retiennent
Pour quelle raison, je ne sais.
Tous alors se bousculent
Au bord des lèvres,
Ils enflent, suffoquent, en apnée,
Et implosent,
Déversant dans le corps de ces hommes
Malades du silence,
Moribonds,

Leur poison mortel.

La vie s’écoule
Les jours s’égrainent
Sable rose, blanc, noir
Sable caméléon
Tu glisses, inaperçu,
Doux et rond,
Entre mes doigts.

La tille

Je me blottis en ton sein
Ma bouche se colle sur ton sexe de femme
Mon oreille épouse la tienne
L’envers de ta peau rugueuse est lisse et veiné
L’odeur que tu exhales est amère comme la vie
Douce comme l’amour
Suave comme la mort
Tu refermes tes muscles sur moi
Et je me fonds dans tes méandres.

L’ombrelle

L'ombrelle du funambule au visage d'ange
Tangue au-dessus du vide,
Contrepoids plume lorsqu’il vacille,
Elle décrit un arc au bout de son bras,
Et à pas de fourmi légère,
Il parcourt l’espace magique du temps présent.

Claire  Bougain        



Pablo Neruda :

Il meurt lentement

Celui qui ne voyage pas,
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n’écoute pas de musique,
Celui qui ne sait pas trouver
Grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

Celui qui devient esclave de l’habitude,
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
De ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement

Celui qui évite la passion
Et son tourbillon d’émotions
Celles qui donnent la lumière dans les yeux
Et réparent les cœurs blessés.

Il meurt lentement

Celui qui ne change pas de cap
Lorsqu’il est malheureux
Au travail ou en amour
Celui qui ne prend pas de risques
Pour réaliser ses rêves,
Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
N’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant

Risque-toi aujourd’hui
Agis de suite
Ne te laisse pas mourir lentement
Ne te prive pas d’être heureux.



 


Le Feu



Suppose que le feu te raconte des histoires telles qu’il me les a racontées. Les voici :
Histoires de mort, images imprimées sur ma rétine, d’une violence difficile à décrire .
Image d’une petite fille courant vers nous, les bras en croix, nue, après un bombardement au napalm.
Image de ce bonze s’immolant à la face du monde pour protester contre la Sale Guerre .
Image de l’embrasement d’une immense croix par des fous cagoulés.
Image barbare de prétendues sorcières au bûcher.
Image d’un tout petit Bambi, égaré dans une forêt en proie aux flammes.
Image de crémations rituelles à Bali, de camps de la mort.

Que dit-on du feu ? Qu’il couve, éclate, détruit, ravage, dévaste, dévore.
Mais aussi qu’il réchauffe, purifie, fertilise, permet une renaissance.
Ambivalence.
Feux de l’amour, feux interdits, feux de joie et feux de paille.
Cœurs mis à feu et à sang, sens dessus - dessous .
Rêves de fusion, éruption volcanique, chaudron de l’usine métallurgique.

Feu rouge. Peut-être l’histoire s’arrête-t-elle là.

Claire Bougain

 


 

 

Jean-Pierre,

Just a few lines I have just written, probably inspired by our on line conversations:


Our dreams and wishes,
Lying deep in our hearts,
Precious little riches
Glittering in the dark,
Shall we leave them there,
For fear they might vanish into thin air,
Or let them soar over the walls of our inner prisons,
Free, at last?

Claire Bougain.


 

L’homme affamé

L’homme, à la tombée de la nuit,
S’est évanoui.
Allongé sous le ciel, il reste là.

A l’aube, il ouvre le yeux.
Au-dessus de lui,
Un arbre agite sa ramure, très haut.
De sa gorge s’échappe un sanglot.
Alarmé, un oiseau lance son cri.

La couche de l’homme est fraîche,
La terre qui l’a recueilli est noire, luisante et grasse.
Il y plonge les mains,
En macule son corps émacié.

La peau de l’homme est noire,
Sèche et affamée.
Longtemps il a marché,
A travers ergs et dunes .

Aux confins du désert,
Il a retrouvé la terre,
Pour s’en nourrir à satiété.

Claire Bougain


24 février 2006

 

Listen, man

Whenever you're unhappy,
At a loss,
I can feel it.

You now want to run away,
Lured by the limelight,
Like a moth.

Bet you’ve had enough
Of cicadas
And starry nights.

Go ahead
Live it to the brim
Of the hourglass

For if you don’t,
Who knows?
You might

What?

Claire Bougain

 

 

 

What if life were all ups ?
No pain, no cure.
No one to say
Pull through, stick it out,
Never mind if the road’s rough,
Come on, let’s have a good laugh.
No friendly hand,
No fun.

Claire Bougain

 

 

 

On peut acheter une maison mais pas un foyer

On peut acheter un lit mais pas le sommeil

On peut acheter une horloge mais pas le temps

On peut acheter un livre mais pas la connaissance

On peut acheter une position mais pas le respect

On peut acheter un médecin mais pas la santé

On peut acheter du sang mais pas la vie

On peut acheter du sexe mais pas l’amour

Qin Jie      

 

 

 

Wanderings

While wandering around today again,
Whom shall I meet to ease my pain,
To fill my lonely, lonely heart

Across meadows, along rivers I go,
Searching for a thing of beauty,
A joy for ever
As the young poet said long ago.

Where would he find this treasure now ?

Claire Bougain

 

 

 

28 mai 2006

Tu ne sais pas où tu peux t’évader.

Entre ciel et terre,
Au pays des ombres préfère la lumière,
Entre pierre et mousse,
Choisis le vert, le doux, le doré.

Et marche, marche,
Sans relâche.
Brave tes pleurs,
Tords le cou aux monstres tentaculaires qui t’aspirent,
Emplis tes poumons,
Respire.

Et marche, marche.
Au passage,
Prends la main qui se tend,
Ouverte, chaude,
Promène la sur ta peau, ton cœur, tes paupières closes.

Tu peux ouvrir les yeux.

Claire Bougain

 

 

 

L'univers est un parchemin
Un endroit et un envers
Sur un côté on vit bien
Et sur l'autre c'est l'enfer
Et ce temps qui nous transperce
Ces illusions qui nous bercent
N'ont pas le même pourquoi
Sur l'envers et sur l'endroit

Jean-Pierre Petit, 1977
Après publication de la première note aux comptes rendus de l'Académie des Sciences sur les univers jumeaux

 

 

 

mars 2006

Jacques Juan met la crise climatique en alexandrins

Ecoute ami fidèle... Ne vois tu pas ce temps ,que les hommes inconscients
de leur folie cupide, chamboulent sans mesure et troublent à tous vents ?
Faisant fi de sagesse, ils coupent brûlent, altèrent
Le moindre petit coin de cette pauvre terre.
Abusant des bienfaits de l' éternelle nature,
Ils s'en vont dérégler le cours des saisons.
Plus enclins à détruire, pour leurs villégiature
Ils brûlent sans compter le bois et le charbon.
Ils se chauffent,croit-ils, aux bienfaits de la flamme
Et,de fait réchauffent l'éther de la planête
Déréglant d'un seul coup  l'équilibre de la mane
De l'énergie si rare, et le cours des tempêtes.
Or donc, fidèle ami, nos savants les plus sages seront -ils entendus ?  :
Faudrait-il donc mourir pour admettre qu'on ne peut
Consommer àoutrance qu'au risque de périr?
Fort de ce paradoxe, je m'interroge encore:

Se peut-il qu'en un temps oùu sécheresse gagne
Où la terre se réchauffe à trop brûler de houille
On soit en moment, bien qu'a mi-temps de mars
Une grande partie du monde à se...peler la nouille?

 


 

9 novembre 2006

The lonely hunter

The heart is but a lonely hunter
Wandering endlessly,
A butterfly pursuing a flower
Forever escaping its touch,
A swallow, a lark, a thrush
In search of its forsaken nest,
Never at rest.

Claire Bougain

 

 

 

Déjà

J'aime ton regard
ton sourire
ta voix

l’avenir survient
sans crier
garde-toi

d’aimer son regard
son sourire
sa voix

soudain il est là
simple, tranquille
il passe

déjà.

Claire Bougain

Janvier 2007

 

 

 

Nous n’avons plus les moyens de ne pas être intelligents

Aimer c’est aussi choisir de toujours mieux comprendre et mieux je comprends, mieux j’aime. Voila un bel exemple de cercle vertueux. La matrice des cercles vertueux c’est la prise de conscience que « faire le bien » c’est le plus efficace. Plus nombreux nous serons à avoir vraiment bien compris, à avoir pris conscience, à avoir expérimenté avec plus de succès que d’échec, que l’intelligence, la véritable intelligence, celle dont on n’a pas honte, c’est la capacité à être heureux et rien d’autre; plus nombreux nous saurons que notre intérêt personnel c’est de favoriser l’intérêt de chacun plutôt que de s’en protéger, plus cela sera vrai.

Il arrive à chacun d’entre nous de rêver d’un monde plus juste, plus harmonieux, plus paisible, d’un monde meilleur. Il arrive à chacun d’entre nous de cesser d’y croire. La tâche est bien trop énorme pour qu’un être raisonnable ne se résigne à simplement tenter de survivre au mieux. Et pourtant, il arrive à chacun d’entre nous de rêver. Et au moment où l’on rêve, on sent bien que si tous rêvaient en même temps, si tous étaient capables du même élan que soi-même en ce même instant, si l’on abandonnait l’armure en un même mouvement, cette armure qui nous coûtait tant, au nom de laquelle on s’était contraint si souvent, elle deviendrait parfaitement inutile, immédiatement.

Mais c’est un rêve. Que tout puisse changer immédiatement, en mieux, c’est un rêve.

Sauf si.

Sauf si ça a été préparé de longue date, avec persévérance et pas forcément minutieusement. Mais cet immédiat hypothétique là n’est ni ici ni maintenant. Et pourtant. Si je sais que de ce monde ci peut émerger un monde que j’aime, j’aime déjà beaucoup mieux ce monde d’ici et de maintenant. Et j’y puise la force de l’intelligence, la puissance de l’amour, pour prendre conscience que faire au mieux des intérêts de chacun relève de l’efficacité et non seulement de l’altruisme.

"Moi c’est moi et lui c’est lui", c’est vrai mais ce n’est pas la seule vérité possible. Une autre est beaucoup plus puissante désormais: moi c’est lui c’est moi. Car, mais pas seulement loin de là, car si donc moi c’est moi et lui c’est lui, alors ce ne sera bientôt plus que lui ou moi et moi ou lui.

Cela a toujours été plus ou moins vrai mais nous vivons une époque où tout porte à croire que si cela doit ne rester à jamais qu’un rêve, il ne sera très bientôt même plus possible de rêver. En l’espace de quelques générations, dans un temps que nos enfants pourront connaître, ou bien nous aurons radicalement changé de manière d’être ou bien nous serons contraints à renoncer à tout ce qui fondait notre humanité pour simplement éviter de mourir en tuant. Et d’ici au temps de notre inhumanitude, les chaos actuels iront grandissant. Si tu n’aimes pas ton prochain et qu’il n’y en a plus assez pour deux, vous ne trouverez pas d’autre fausse solution que de vous combattre, à mort, et férocement.

Sauf si.

Sauf si l’amour et l’intelligence se liguent de mieux en mieux en de plus en plus d’entre nous.

Si je suis heureux, je fais tout pour que les autres le soient aussi. Seul celui qui n’a jamais été heureux ne peut le comprendre. Et si donc je ne fais pas tout pour que les autres soient heureux, c’est que je ne suis pas heureux moi-même, et rien d’autre. En vertu de ce que si a implique b alors non b implique non a. C’est aussi con que cela! Aussi simple à comprendre que cela.

Si quelqu'un contribue sciemment à mon malheur, c’est qu’il n’est pas heureux lui-même.

Un moyen pour qu'il cesse de contribuer sciemment à mon malheur est qu'il devienne heureux. Tous les autres moyens ont déjà été essayés avec les succès que l'on sait. Je fais le choix de tout faire pour que les autres soient heureux. Comme c'est plus facile quand je suis moi-même heureux, je fais aussi tout pour être plus souvent heureux plutôt que malheureux.

Et même quand je suis malheureux, je m'abstiens d'en faire souffrir autrui. Car je sais que moins les autres sont heureux, plus faibles sont mes chances de ne plus être malheureux.

Et aussi parce que je ne suis pas un rat ou mieux, parce que j'ai vu les rats à l'oeuvre et que je suis apte à en tirer des conclusions. Voyez le film "Mon oncle d'Amérique" d'Alain Resnais. Voyez ces rats qui tentent d'échapper à leur sort de souffrance en se combattant, en ajoutant de la souffrance à leur propre souffrance le temps que dure la décharge électrique dans leur plancher métallique. Cela leur réussit plutôt bien, aux rats. Cela nous a réussi plutôt bien, à nous aussi. Car faire souffrir autrui procure un plaisir immédiat qui diminue, certes, mais qui ne diminue que provisoirement sa propre souffrance. En devenir conscient c'est déjà y renoncer. La proportion des inconscients a jusqu'à présent été trop importante pour que la logique s'inverse. Mais quand chacun a les moyens de faire souffrir autrui, la recette n'est tout simplement plus efficiente. Quand celui que tu fais souffrir te fais souffrir en retour, c'est l'intelligence qui dicte l'altruisme. Or le monde devient de plus en plus interactif et le temps se raccourcit, les effets sont de plus en plus immédiats. J'ai donc confiance. De plus en plus de mes congénères prendront conscience que faire souffrir autrui n'est pas une solution à leur propre souffrance. Non seulement parce qu'elle n'est que provisoire mais aussi parce que ce provisoire durera de moins en moins.

Et pour tout dire, si l'être humain devait se révéler incapable d'en prendre collectivement conscience, je ne vois pas ce qui pourrait m'amener à regretter sa disparition. Mais je n'y crois pas.

Je n'y crois pas car, notamment, je sais le caractère exponentiel de la contagion de la prise de conscience. Si tu prends conscience, tu restes conscient, quoi qu'il arrive. Et tu sais comment agir, humblement, pour donner aux autres avec lesquels tu interagis, de quelque manière que ce soit y compris en n'étant que vu agissant d'une certaine manière voire simplement en n'étant que lu, un germe de prise de conscience. Ce germe peut tomber sur un sol stérile. Il peut aussi être reçu au moment opportun et devenir un déclencheur. Il peut encore n'être que nécessaire à celui qui sera le déclencheur. Quoi qu'il en soit, celui qui a pris conscience contribue à ce que d'autres prennent conscience qui sauront eux-mêmes faire prendre conscience. On sent bien qu'en deçà d'un certain seuil, la descendance n'est pas assurée ou peine à le rester. Mais on sent tout aussi aisément qu'au delà, tout devient possible en un certain temps de plus en plus court.

Donc je crois que notre aventure n'est pas une impasse. Je crois que des épreuves à venir, sur lesquelles il n'est pas nécessaire de s'étendre ici, nous sortirons grandis. J'aimerais contribuer à ce que l'on n'ait pas à tomber plus bas que nous ne sommes déjà avant que ne survienne le nouveau rebond salutaire, le prochain saut de civilisation.

Une civilisation de la conscience est à venir. Elle sourd de partout. Les contradictions prennent des amplitudes inimaginées et leur résolution globale est proche. Nous ne sortirons des impasses actuelles qu'en inventant une nouvelle conception de la réalité.

Vincent Lambin

 

 

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